Le festival Street-Art de Boulogne-sur-Mer célèbre cette année son dixième anniversaire. Dix ans déjà que, chaque printemps, on trépigne d’impatience à l’idée de découvrir les nouvelles œuvres qui viendront habiter les façades de la ville. L’aventure débute au Chemin Vert, dans le sillage d’un projet de rénovation urbaine. Pour accompagner la transformation d’un quartier en pleine mutation, des artistes sont invités à créer avec les habitants des œuvres éphémères sur les immeubles promis à disparaître. Leur mission n’est pas de décorer, mais de transmettre une mémoire collective. L’expérience laisse une trace profonde : elle prouve que l’art peut transformer le regard porté sur un lieu, retisser des liens entre les habitants et leur environnement. De cette idée fondatrice naît, en 2016, le Festival Street-Art.
Une décennie de création
Chaque année, une dizaine d’artistes venus du monde entier sont invités à poser leur regard sur Boulogne-sur-Mer et à lui offrir de nouvelles fresques. Peu à peu, l’événement s’installe dans le paysage et s’invite dans tous les quartiers, jusqu’à devenir un rendez-vous attendu, un fil rouge qui relie les saisons. Plus de cent œuvres composent désormais un parcours urbain unique en son genre. Cinq circuits permettent de sillonner la ville en 1h30 ou 2h chacun, et il faudrait près de sept heures pour découvrir toutes les œuvres. Au fil des parcours, on (re)découvre des quartiers sous un nouveau jour. Le secteur de la gare, jusque-là sans fresque, en compte aujourd’hui dix-neuf à lui seul. Boulogne-sur-Mer est devenue un véritable « spot » du street-art, reconnu bien au-delà des frontières.

Vesod donne une nouvelle perspective à la Cathédrale Notre-Dame de Boulogne-sur-Mer sur un mur du 63 avenue Charles de Gaulle.
L’art pour et avec les habitants
Au-delà des chiffres, ce qui donne toute son âme au festival, c’est l’histoire humaine qu’il raconte. Dès le départ, l’art urbain a été pensé pour les habitants. Si les premières années ont demandé beaucoup de médiation pour expliquer la démarche et dépasser les préjugés, aujourd’hui, ce sont eux qui proposent leurs murs, qui attendent la venue des artistes, qui échangent avec eux pendant la création. « Le plus beau succès, c’est sans doute cette appropriation collective. Les habitants sont nos premiers ambassadeurs », s’enthousiasme Amziane Abid, directeur artistique du festival. Cette implication se lit aussi dans le respect porté aux œuvres : en dix ans, aucune n’a été dégradée. Chaque fresque raconte une histoire, questionne un sujet de société, explore un mouvement artistique, dialogue avec le patrimoine.
Un musée vivant à ciel ouvert
Les street-artistes renouent ainsi avec la tradition des peintres venus sur la côte d’Opale il y a plus d’un siècle pour capter sa lumière. En 2017, l’Argentin Alaniz a même reproduit La Ramasseuse d’épaves de Francis Tattegrain, dont l’original est visible au musée de Boulogne-sur-Mer. Impressionnisme, expressionnisme, cubisme : les grands courants picturaux se déploient ici sur les façades comme dans un musée. En dix ans, le festival a fait de la ville un musée vivant, où l’art se découvre au détour d’une rue, se partage entre voisins, se vit en marchant. Il a fait de chaque mur un support d’émotion, de questionnement, de réflexion, et de chaque quartier une invitation à la curiosité.

Fruit d’une collaboration entre Octavio Alegria et Ester del Prado, Le Lynx du 50 rue Ferdinand Buisson est composé uniquement d’animaux et végétaux.
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Publié le 09 octobre 2025