Il suffit de traverser le parc Saint-Pierre pour l’apercevoir. Au milieu des promeneurs, des enfants qui jouent à la balançoire et des habitants venus profiter d’un moment de calme, une longue masse de béton se dissimule derrière les arbres. Rien ne laisse vraiment deviner qu’il s’agit du plus long bunker allemand d’Europe. Et pourtant, derrière ces murs épais de plusieurs mètres, l’Histoire est toujours là. Construit pour échapper aux regards de l’aviation alliée, ce centre de communication de la marine allemande fut découvert presque par surprise par les Canadiens lors de la libération de Calais en 1944. C’est sans doute ce qui explique son remarquable état de conservation. Aujourd’hui, il abrite le musée Mémoire 39-45, un lieu où la Seconde Guerre mondiale cesse d’être un simple chapitre de manuel scolaire pour redevenir une réalité profondément humaine.
Au cœur de l’Occupation
Dès l’entrée, quelque chose saisit le visiteur. Peut-être ce long couloir de béton armé qui semble ne jamais finir. Peut-être le silence particulier qui règne ici. Dans cet ancien centre de commandement, chaque salle ouvre sur un nouvel épisode de la guerre. Affiches de mobilisation générale, avis de réquisition, consignes de rationnement ou appels à la délation racontent une autre guerre : celle du quotidien. Celle des familles qui comptaient leurs tickets alimentaires, des habitants soumis à l’Occupation, des résistants qui agissaient dans l’ombre. L’Histoire devient soudain concrète. Uniformes, équipements militaires, objets de la vie courante, photographies, documents originaux ou maquettes permettent d’aborder l’aviation, la Résistance, les camps de prisonniers ou encore le Mur de l’Atlantique. Parmi les pièces les plus impressionnantes figure une spectaculaire maquette de la batterie Lindemann à l’échelle 1/35, l’une des plus puissantes fortifications côtières du Mur de l’Atlantique.

Des visages derrière l’Histoire
Une salle est consacrée aux résistantes calaisiennes. On y découvre notamment le parcours de Marguerite Dupont, qui aidait les aviateurs alliés avec son mari, ou encore celui de Jeanne Gelacert, engagée très tôt dans la Résistance. Des histoires qui prennent aux tripes parce qu’elles donnent un visage à cette période tragique. Au fil de la visite, un détail frappe également. Les visiteurs parlent bas, comme si les lieux imposaient naturellement le respect. On entend l’anglais, l’allemand, le néerlandais ou le français. Familles, scolaires et passionnés d’histoire s’y croisent. Le musée réussit ainsi à toucher tous les publics, des plus jeunes aux connaisseurs.
La guerre du quotidien
Cet été, la visite se prolonge avec l’exposition temporaire La vie civile pendant la guerre, réalisée en partenariat avec l’association DKOR & Bombing, connue notamment pour son travail sur les films Dunkerque et De Gaulle. Ici, les vies ordinaires occupent le devant de la scène. Des vélos chargés de bagages, des poussettes, des valises usées, des vêtements d’époque, des jouets ou encore des objets du quotidien racontent avec une force étonnante les années d’Occupation. On imagine les familles contraintes de fuir, les enfants grandissant au rythme des alertes, les mères tentant de préserver une forme de normalité malgré les pénuries et les bombardements. Cette collection touchante rappelle que la guerre ne se jouait pas uniquement sur les champs de bataille. Elle se vivait aussi dans les rues, les maisons et les écoles. Une façon sensible de conclure la visite, en donnant toute leur place à celles et ceux qui ont vécu la guerre loin du front, mais au cœur même de l’Histoire.
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MUSÉE MÉMOIRE 39/45 DE CALAIS
Parc Saint-Pierre à Calais
Tél. 03 21 34 21 57 | musee-3945.com
Bon plan
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Publié le 07 juillet 2026